MARIE-LOUISE O'MURPHY

Si Marie-Louise O'Murphy était connue pour avoir été l'une des favorites de Louis XV, il n'en demeure pas moins qu'elle fut, durant une certaine période de sa vie, auvergnate et riomoise.

Voici quelques années, à l'occasion d'une exposition à Paris sur "François Boucher, peintre du roi", Gérard Bauer, de l'Académie Goncourt, fit paraître un article très documenté, accompagné de la reproduction d'un dessin aux trois couleurs exécuté en 1751, représentant Mlle O'Murphy.

Si cette dernière est connue comme l'une des maîtresses éphémères du "Bien-Aimé", on sait moins qu'elle fut auvergnate, et même riomoise durant des années.

Née à Rouen, le 21 octobre 1737, issue d'une famille irlandaise nombreuse, Marie-Louise Morfy, alias O'Morphy, puis plus tard Morphy de Boisfailly, devint un des modèles de Boucher. Vers 1752, Lebel, valet de chambre du roi, avait croisé cette beauté - blonde selon Casanova, brune selon d'autres - et en parla à son maître qui, incognito, la rencontra. il fut conquis par sa naïveté, sa spontanéité autant que par sa beauté. Elle amusa cet éternel 'ennuyé" et devint rapidement sa maîtresse. Mme de Pompadour fit semblant de ne rien savoir, même lorsque Marie-Louise donna le jour à Agathe-Louise, en 1754.

Las, un jour "Morphyse" tenta de s'attaquer à la puissante marquise de Pompadour, et mit du même coup fin à l'attachement du roi. Les relations cessèrent définitivement, sa majesté décida de la marier tout en l'exilant. Un mari fut donc choisi, un jeune gentilhomme auvergnat : Jacques de Beaufranchet d'Ayat, colonel d'infanterie.

La dot de la fiancée était conséquente : 20000 livres, 1000 livres de bijoux et 1000 autres pour les frais de noces.

Seulement, d'après un comtemporain, d'Argenson, on lui enjoignit de parir au milieu de la nuit, et de se marier à Paris pour ensuite prendre la direction de la province de son mari. Elle convola donc le 27 novembre 1755, en la paroisse des Saints-Innocents et prit la route pour Ayat. Le 22 novembre 1757, Marie-Louise, vivant toujours à Ayat, mettra au monde un fils, Louis de Beaufranchet ; il naquit dans des conditions douloureuses, puisque Jacques de Beaufranchet fut tué le 5 novembre lors de la bataille de rossbach. Cet enfant portera d'ailleurs une grande partie de sa vie une "aura de malheurs et légendes" contre laquelle sa famille ne cessera de protester avec raison.

Officier du roi, puis général dans les armées de la République, et adjoint de Kellerman, Louis de Beaufranchet est suspendu de son commandement en 1793 ; il lui faudra attendre l'Empire pour retrouver une activité. Après avoir été député du Puy-de-Dôme en 1803, inspecteur général des haras en 1810, il meurt en 1812, à Vichy.

La vie au château d'Ayat devait être bien sévère pour une jeune femme ayant connu les splendeurs de Versailles et les enivrements de la cour. Aussi aimait-elle se rendre à Riom où elle retrouvait un peu le parfum du temps passés. Elle y rencontra François Le Normant, receveur des tailles, seigneur de La Gravière et propriétaire de l'hôtel Courtin (actuelle écoles des Frères).

Grâce à des recherches, on sait que Marie-Louise épousera François Le Normant en la paroisse Sain-Jean de Riom, le 19 février 1759, et qu'elle eut, toujours à Riom, une fille, le 5 janvier 1768. Cette dernière deviendra plus tard la femme de Constant Le Normant de Tournechem et entrera ainsi dans une famille qui avait été, un temps, celle de Mme de Pompadour. Une pirouette de l'histoire…

François Le Normant mourut en 1782. Veuve une seconde fois, pensionnée par le roi, Marie-Louise sera incarcérée lors de la Révolution à Sainte-Pélagie en ventose An III. A près de 60 ans, elle épousera le conventionnel Louis-Philippe Dumont, député du Calvados, âgé, lui, de 33 ans. Cette union s'avéra éphémère, puisque le divorce sera prononcé le 23 frimaire An VI.

La vie de Melle O'Morphy se terminera un 11 décembre 1814 à Paris, elle avait alors 77 ans. Ainsi pendant quelques années, les riomois ont eu la fortune de voir dans leur ville une femme aimée d'un roi, admirée de Casanova et immortalisée par François Boucher.